{"id":69,"date":"2019-08-14T04:15:22","date_gmt":"2019-08-14T04:15:22","guid":{"rendered":"https:\/\/compagnielessignatures.com\/index.php\/2019\/08\/14\/poussiere-de-lars-noren-cruelles-fins-de-partie-en-bord-de-mer-compagnie-les-signatures\/"},"modified":"2025-01-22T11:17:34","modified_gmt":"2025-01-22T10:17:34","slug":"poussiere-de-lars-noren-cruelles-fins-de-partie-en-bord-de-mer-compagnie-les-signatures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/compagnielessignatures.com\/?p=69","title":{"rendered":"Poussi\u00e8re de Lars Nor\u00e9n : trag\u00e9dies en bord de mer"},"content":{"rendered":"\n<p>Le dramaturge su\u00e9dois s\u2019entoure de com\u00e9diens magistraux pour sa nouvelle cr\u00e9ation sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Richelieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Poussi\u00e8re<\/em><\/strong>, dont le sous-titre est <strong>\u00ab&nbsp;Musique de mort&nbsp;\u00bb<\/strong>, plante ses onze personnages sur une plage d\u00e9labr\u00e9e. Plus de trente ans qu\u2019ils s\u2019y retrouvent pour des vacances ensoleill\u00e9es. Cette fois-ci, c\u2019est le cr\u00e9puscule. Les dix vieux, sans pr\u00e9nom, d\u00e9sign\u00e9s par une initiale allant de A \u00e0 J, viennent finir face \u00e0 la mer. La fille d\u2019H (Martine Chevallier), Marilyn (Fran\u00e7oise Gillard), les accompagne. Cette femme dite \u00ab&nbsp;attard\u00e9e&nbsp;\u00bb les guidera de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, un \u00e0 un, derri\u00e8re le grand voile qui s\u00e9pare les vivants des morts.<\/p>\n\n\n\n<p>On est happ\u00e9 par l\u2019encha\u00eenement des r\u00e9pliques, souvent courtes. La parole tant\u00f4t prosa\u00efque tant\u00f4t m\u00e9taphysique qui anime la rang\u00e9e formerait une <em>ola<\/em> si les vieux assis face \u00e0 nous avaient encore la force de se lever de leur chaise. Ils n\u2019ont plus, en r\u00e9alit\u00e9, que l\u2019\u00e9nergie du ressassement. Le seul mouvement possible sera descendant, \u00e0 l\u2019image de la chute insoutenable de A, interpr\u00e9t\u00e9 par Herv\u00e9 Pierre.<br>\nF (Christian Gonon) annonce la couleur de cet enfoncement progressif : \u00ab&nbsp;On est d\u00e9j\u00e0 morts, c\u2019est juste une question de temps. D\u00e9sol\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La vie a \u00e9t\u00e9 dure \u2013 autant qu\u2019elle l\u2019a pu, semble-t-il. Bruno Raffaelli, G, un chauffeur routier, \u00e9tait bien seul dans son camion. Il a perdu son fils. Anne Kessler, C, discr\u00e8te, touchante, a perdu sa fille. C\u2019est comme \u00e7a. Parfois les enfants meurent avant leurs parents. D\u00e9sol\u00e9. Dominique Blanc, B, m\u00e8re trop t\u00f4t, n\u2019a elle \u00ab&nbsp;pas eu le temps de devenir jeune.&nbsp;\u00bb Quant \u00e0 D, le pasteur, on apprend tardivement qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9 avant l\u2019adolescence&nbsp;; Alain Lenglet, si juste, incarne un personnage si tendre qu\u2019il se laissera doucement glisser, le premier, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Quelqu\u2019un dira plus tard que ce sont toujours les meilleurs qui partent le plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Poussi\u00e8re<\/em> est une pi\u00e8ce crue. \u00ab&nbsp;\u00c7a pue la chatte sale ici.&nbsp;\u00bb Les gens rient. Apr\u00e8s tout Lars Nor\u00e9n parle de com\u00e9die. <em>Poussi\u00e8re<\/em> est une pi\u00e8ce cruelle. Les mots f\u00e9roces de A \u00e0 l\u2019encontre de sa femme B disent toute une existence faite de violence psychologique. Quand B, glac\u00e9e, \u00e9voque des ann\u00e9es de devoir conjugal subi, on la sent veng\u00e9e&nbsp;: son mari a la d\u00e9ch\u00e9ance la plus brusque, la plus accablante. Herv\u00e9 Pierre, tout nu, rampe. Bruno Raffaelli, son double \u00e0 la voix ronflante, se r\u00e9volte contre cette image en le rouant de coups. Malheur aux faibles.<\/p>\n\n\n\n<p>La faiblesse de Marilyn tient \u00e0 son retard mental. Brutalis\u00e9e par sa m\u00e8re, elle se livre \u00e0 des attouchements avec G, qui finit par la repousser. Comme on se tromperait sur le sexe d\u2019un b\u00e9b\u00e9 ou d\u2019un chien, on la prend pour un gar\u00e7on. Fran\u00e7oise Gillard a un r\u00f4le muet. Elle irradie. La chanson de Marilyn, \u00e2nonn\u00e9e mais reconnaissable, nous suit \u00e0 la fin du spectacle. Le <em>Message personnel<\/em> semble adress\u00e9 \u00e0 B par F, \u00e0 F par B, ce couple form\u00e9 bien trop tard&nbsp;: Mais si tu crois un jour que tu m\u2019aimes\/Ne crois pas que tes souvenirs me g\u00eanent\/Et cours, cours jusqu\u2019\u00e0 perdre haleine\/Viens me retrouver.<\/p>\n\n\n\n<p>En face de la d\u00e9cr\u00e9pitude, il y a sur sc\u00e8ne un autre objet d\u2019indignation. Les \u00ab&nbsp;migrants&nbsp;\u00bb&nbsp;: le feu sur la plage, la mendiante, l\u2019enfant qui d\u00e9c\u00e8de, les housses mortuaires noires. L\u2019allusion. Jug\u00e9e par certains inutilement politisante. Au propos si poignant de cette musique de mort, quel besoin d\u2019ajouter ce genre de message complaisant&nbsp;? Ce n\u2019est pas un message. Cela s\u2019appelle l\u2019actualit\u00e9. La pr\u00e9sence d\u00e9rangeante des migrants sur nos c\u00f4tes. Les seniors dont nous voudrions qu\u2019ils se cachent pour mourir. L\u2019actualit\u00e9 des maltraitances selon le ma\u00eetre Lars Nor\u00e9n, qui signe une pi\u00e8ce impitoyable.<\/p>\n\n\n\n<p>Marion Baude<\/p>\n\n\n\n<p><em>La pi\u00e8ce<\/em> Poussi\u00e8re<em>&nbsp;de Lars Nor\u00e9n est jou\u00e9e Salle Richelieu \u2013 Com\u00e9die-Fran\u00e7aise jusqu\u2019au 16 juin 2018.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dramaturge su\u00e9dois s\u2019entoure de com\u00e9diens magistraux pour sa nouvelle cr\u00e9ation sur la sc\u00e8ne du th\u00e9\u00e2tre Richelieu. Poussi\u00e8re, dont le sous-titre est \u00ab&nbsp;Musique de mort&nbsp;\u00bb, plante ses onze personnages sur une plage d\u00e9labr\u00e9e. Plus de trente ans qu\u2019ils s\u2019y retrouvent pour des vacances ensoleill\u00e9es. Cette fois-ci, c\u2019est le cr\u00e9puscule. 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